Croix en Creuse
Les témoins de notre histoire

À Chambon-sur-Voueize, il existait autrefois une église paroissiale dédiée à Saint Martial, distincte de l’actuelle abbatiale église Sainte-Valérie de Chambon-sur-Voueize. Cette église Saint-Martial, aujourd’hui disparue, correspondait à l’ancienne paroisse située à l’est du bourg. D’origine médiévale, elle était probablement liée aux débuts du site monastique, autour des IXᵉ–Xe siècles, à l’époque du prieuré fondé en 857, dépendant de l’abbaye Saint-Martial de Limoges. L’édifice est désaffecté à la fin du XVIIIᵉ siècle : interdit au culte en 1783, abandonné en 1788, il est finalement démoli vers 1820. Le fragment sculpté étudié est aujourd’hui inséré dans un mur de maçonnerie du vieux quartier Saint-Martial. Il représente trois têtes humaines juxtaposées, sculptées en bas-relief dans un même bloc de pierre. Ce type de sculpture est fréquent dans l’art roman local (XIᵉ–XIIᵉ siècle), notamment autour de l’abbatiale. Les pierres sculptées ont souvent été réemployées dans les constructions après les remaniements des XVIᵉ et XIXᵉ siècles. Les visages présentent des traits stylisés : yeux en amande, nez marqué, bouche simple. Ils sont surmontés de formes verticales allongées pouvant évoquer des coiffes, bonnets ou mitres. La présence de trois têtes alignées constitue un motif bien connu dans l’iconographie romane. Plusieurs interprétations peuvent être envisagées : une évocation symbolique de la Trinité, un groupe de personnages sacrés ou de figures allégoriques (prophètes, personnages bibliques), ou encore un motif décoratif répétitif, sans individualisation marquée des figures. Ce type de composition se rencontre notamment sur des chapiteaux romans, où plusieurs figures similaires sont juxtaposées. Il s’agit très probablement d’un fragment de chapiteau ou de corbeau roman, remployé dans une maçonnerie du bourg. Dans un contexte comme celui de Chambon-sur-Voueize, où de nombreuses pierres sculptées ont été récupérées, ce bloc pourrait provenir soit de l’ancienne église Saint-Martial, soit du prieuré dépendant de l’abbaye Saint-Martial de Limoges, soit encore de l’abbatiale actuelle dédiée à Sainte Valérie.

Source : pop.culture.gouve.fr, Claude Royère